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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 08:01
"Montgolfiéres" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

"Montgolfiéres" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

Le charme piquant des méduses

 

              Elles sont de retour ! Déployant leurs fantasmagories arachnéennes et flottant mollement au sein des eaux propices elles sont à la fête. Le réchauffement climatique est pour elles une aubaine, une chance inespérée, une bénédiction des dieux. D'une nature rêveuse et d'un piquant espiègle les voilà qui palpitent entre deux eaux. Là elles peuvent s'épanouir  et étendre leurs colonies fertiles. Ensuite, doucement portées par les courants elles dérivent vers nos côtes et viennent s'échouer sur nos plages, le long des golfes clairs. Tant pis pour celles qui vont se dessécher sur le sable ou finir tristement leurs jours dans quelque flaque abandonnée par le reflux des vagues. C'est la loi de la vie et les générations suivantes vont pouvoir leur succéder en un ballet grandiose sans cesse recommencé.

              Mais la méduse est un être hybride flottant avec le plancton dont elle fait partie. Elle est bien vieille, sinon pleine de sagesse et c'est depuis 650 millions d'années qu'elle dérive mollement au sein des eaux primordiales. Bien avant l'apparition de l'homme qui ne remonte qu'à six millions d'années.

              Peut-être pour se venger Réaumur les baptisa en 1710 « Gelée de mer » ce qui est bien vu...Mais c'est Linné, féru de mythologie qui compara leurs longs tentacules à la chevelure hideuse d'une des Gorgone.

              Cela n'empêcha pas qu'on leur prêtât des qualités culinaires en Asie où on les consomme séchées et notamment au Japon où l'on en fait des salades succulentes mais peu nutritives. Formées de 98 % d'eau de leur vivant, elles ne sont que des amuse-gueule. Mais le réchauffement climatique et la surpêche nuisible aux sardines, aux thons, aux tortues luth et aux poissons-lune les favorisent et il est possible qu'un jour nous n'ayons plus qu'elles à nous mettre sous la dent...

                 Rassurons-nous certaines méduses sont de bonne taille. Jusqu’à deux mètres de diamètre et quarante mètres de tentacules. De quoi faire ripaille en famille même si l’on ne consomme que l’ombrelle. D’ailleurs des bouddhistes végétariens pourraient  en profiter bien qu’ils respectassent la vie sous toutes ses formes. L’absence de cerveau, si ce n’est de vagues ébauches de cellules nerveuses et des yeux rudimentaires captant des informations vitales en fait des êtres assez peu sensibles bien que témoignant d’une belle vitalité n’entraînant pas automatiquement la compassion.

             Et la sexualité dans tout ça ? Eh bien elles sont au courant et dès ces stades rudimentaires la vie utilise déjà l’opposition-complémentarité du masculin et du féminin pour croître et se multiplier. C’est donc bien une caractéristique fondamentale de la vie n’en déplaise aux tenants du mariage pour tous.

            Cependant certaines méduses paraissent immortelles. D’ingénieux mécanismes  biologiques leur permettent de s’enkyster quand les conditions sont défavorables, puis de se régénérer à l’occasion…Certaines iraient même jusqu’à inverser les processus de vieillissement en contrôlant l’apoptose de leurs cellules. C’est-à-dire le processus naturel qui pousse celles-ci à s’auto- détruire pour laisser la place à leurs petites sœurs.

Hélas cette qualité utile à ces êtres somme toute rudimentaires devient fatale au niveau humain. Sous la forme du cancer. Dans ce cas des cellules refusent de mourir d’elles-mêmes mais périssent en même temps que l’organisme dont elles font partie ! Ce qui est un mauvais calcul…

             De toute manière même si une forme de vie devenait éternelle, ce ne serait que dans les conditions hautement sécurisées d’un laboratoire, avec hygrométrie constante, température finement adaptée et surveillance quasi-maternelle d’un personnel au-dessus de tout soupçon. Dans la nature les causes de décès sont multiples, d’une variété admirable et bien souvent imparables. A moins de se faire empailler ou cryogéniser notre avenir corporel reste assez limité. Et même les momies ne sauraient défier l’usure du temps indéfiniment.

             Mais ce dernier continue de passer sans s’en faire. Il nous offre donc périodiquement ses floraisons de méduses sur nos plages. Si les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, celle-ci n’est pas très bonne. Mais que voulez-vous il faut faire avec ! Se résoudre à soigner ses démangeaisons ou passer les vacances à la montagne.

                                                      

                                                        La Brosse Conge le 12 août 2014

                                                        Copyright Christian Lepère

 

"Les voiliers" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

"Les voiliers" - huile sur toile - 73 x 60 cm - 1987

La prochaine fois ?

 

J’hésite encore un peu…

Alors vous verrez bien !

 

                                                                                                                   

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Published by L'imaginaire
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