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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:56
"Shéhérazade" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

"Shéhérazade" - huile sur toile - 46 x 38 cm - 1992

 

Proies et prédateurs

et ce qui en découle

 

            Une question se pose, simple et enfantine. Mais elle me turlupine. La voila : Un lapin peut-il devenir un lion ? C’est idiot, mais nous n’allons pas nous esquiver…

            Si, pourchassé dans la savane le lapin est enfin rattrapé et dévoré à belles dents par le félin que va-t-il se passer ? Sa chair et ses os vont d’abord être broyés, déchiquetés, réduits en une bouillie sanglante avant d’être avalés. Ensuite le processus va s’aggraver. La bouillie alimentaire va être décomposé par les puissants sucs gastriques et réduite à ses éléments de base. Adieu les formes et les couleurs. Adieu le charme sautillant de Jeannot lapin. Adieu son insouciance primesautière. Le voila réduit à de la chimie organique.

            Mais en réalité rien d’essentiel n’est perdu, si ce n’est les apparences qui nous sont parfois si douces. En réalité chaque molécule, chaque protéine sera ensuite digérée, assimilée et intégrée au flux sanguin du fauve avant d’aller irriguer et nourrir la moindre de ses cellules. Repu le lion ne va pas se poser de ces questions oiseuses qui font la noblesse et la fierté de l’humain. Lui, il va aller s’étendre à l’ombre pour digérer paisiblement car demain sera un autre jour. Pendant ce temps tout ce qui a constitué le lapin va être recyclé avec le plus grand soin. Rien ne sera perdu, si ce n’est quelques déchets qui seront éliminés par les voies naturelles.

            Et voila le tour est joué ! Le corps du lapin s’est transformé en la puissante sauvagerie léonine. Mais me direz-vous le lion ne se nourrit pas que de lapin. Il lui arrive les jours fastes de faire ripaille avec une tendre gazelle ou un zèbre véloce. Parfois même un pauvre gnou égaré viendra le régaler d’une chair plus rare et même, mais c’est exceptionnel, peut-être qu’un cob de Buffon transformera son repas en un festin digne du roi des animaux.

            Ainsi le corps du lion devient, à son « corps défendant » gazelle ou zèbre ou tout autre chose à sa convenance. Car il ne faut pas oublier les petits rongeurs dont il se contentera les jours de disette et même, j’hésite à le dire le petit nègre imprudent qu’il va ravir à l’affection des siens. Alors que penser d’un animal qui est à la fois ceci et cela, zèbre, gazelle et jeune autochtone ?

            Venons en à nous même, à l’homme dans toute sa bipédie verticale. Là ça se complique car si il peut aussi se nourrir de ce qui nourrit le lion, il va aussi croquer des radis, se goinfrer de pois chiches, déguster du magret de canard et des épinards. De plus il va se désaltérer avec Dieu sait quoi et pas uniquement de l’eau de source à ce qu’il me semble.

            Alors la question cruciale apparaît ? Obsédante et métaphysique. Mais en fin de compte « Que suis-je ? ». Un peu de tout cela sans doute puisque pas un seul des constituants de mes cellules, molécules et acides aminés n’est une pièce d’origine. Aucun ne date de ma naissance et ne m’appartient de plein droit. Tout a été emprunté, j’allais dire pillé par le prédateur naturel que je suis, à moins que je ne me le soit procuré au « Super Marché Mammouth » le plus proche, de façon légale dans ce cas.

            Donc j’ai un corps et j’en dispose. Mais après tout ce n’est qu’une sorte de vêtement, bien pratique tant qu’il est performant, un peu moins quand il est mutilé ou affaibli par les atteintes du grand âge. Et puis ce vêtement  au contraire de ceux du commerce est en perpétuel remaniement. Sans cesse il s’auto répare lui-même. Ce n’est pas comme ma première chemise dont j’ai du me séparer forcé et contraint. Un tissu est constitué de molécules inertes qui ne sont plus soumises qu’à l’agitation moléculaire et au tourbillon des particules élémentaires au cœur de l’atome. On peut donc le considérer comme un objet relativement stable ce qui n’est guère le cas de notre propre personne  qui doit se reconstruire à chaque instant. Selon les découvertes de la biologie moléculaire nous perdons dix millions de cellules par secondes qui ne meurent pas d’usure ou de vieillesse mais s’auto détruisent pour permettre au corps de se renouveler

            Et puis, non content de changer sans cesse ce vêtement évolue selon des lois implacables Sans arrêt il se réplique mais jamais la copie n’est parfaitement conforme. C’est ce qui nous permet de grandir et de passer par les joies et les affres de la puberté le moment venu. Ou, à d’autres moments de voir apparaître des ressemblances bizarres avec des membres de la famille parfois morts et enterrés depuis longtemps Mais qui nous ont légués quelques chromosomes facétieux et persistants. Et puis vient le déclin qui lui aussi est programmé.

            Dans sa grande sagesse la nature nous construit puis nous élimine pour recycler les matériaux. En matière de récupération c’est prodigieusement efficace. Seuls les pharaons d’Egypte et quelques autres ont cru pouvoir s’y opposer. Mais les rapports affectifs avec une momie ne sont peut-être pas ce qu’il y a de plus satisfaisant au moins au quotidien. Qui a besoin de chaleur humaine et de vie organique reste un peu sur sa faim !

            Suis-je pessimiste ? Que non ! Parce qu’après tout nous ne parlons que du corps biologique complètement biodégradable. Or, si il n’est qu’un vêtement…

            Mais qui se cache derrière ce déguisement ? A chacun d’y répondre en son âme et conscience. Mais…vous avez dit âme ? Vous avez dit conscience ? Comme si ces choses existaient bel et bien ! L’avez vous dit oui ou non ? Serions nous pris en flagrant délit de délire imaginatif ? Comme si ce n’étaient pas que de commodes concepts pour désigner ce que nous ignorons. Des abstractions sans substance. Du néant en quelque sorte.

            J’ en arrive donc à cette supposition : Et si en fait j’étais une âme disposant momentanément d’un corps pour pouvoir vivre dans ce monde objectif que la science observe, analyse, quantifie et explique, trouvant même le moyen de le manipuler ? Après tout les ondes radio invisible, impalpables, inaudibles et nous traversant de part en part à chaque instant existent-elles vraiment ? Mais oui ! Même le dernier des analphabètes peut appuyer sur le bouton et se repaître du feuilleton inepte que son téléviseur lui offre. C’est très pratique et ça fonctionne assez bien. Et pourtant qu’en aurait pensé le plus profond des philosophes de la Grèce  Antique ? Que cette histoire d’images transmises à distance était une fable, un moyen de se rassurer en croyant à des pouvoirs magiques. Des billevesées. Des histoires de bonnes femmes.

            Le monde est infiniment plus que tout ce que nous pouvons tenter d’imaginer. On ne peut même pas dire qu’il nous cerne de toute part puisque nous ne sommes pas autre chose que lui. Et si la science actuelle est en train de progresser à grands pas elle ne fait que découvrir l’immensité de ce qu’elle ignore encore. Chaque découverte pose de nouvelles questions  et le cocasse de la chose est que c’est exponentiel. C’est ainsi, l’avenir nous attend avec son infini et  son éternité. Mais il faut aller prépare le repas si je ne veux pas ensuite rater les informations pour savoir si Poutine est devenu plus raisonnable ou si l’anti-cyclone ne va pas encore venir jouer les trouble-fêtes.

 

                                                   La Brosse Conge le29 mars 2014

                                                   Copyright Christian Lepère

 

 

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

"Shéhérazade" - Détail

 

La suite

 

Vous aurez droit à des réflexions

sur la remise en cause

d’un concept

de base

avec

« Gay, gay marions nous ! »

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Published by L'imaginaire
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