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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 08:47
"L'ancienne porte" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

"L'ancienne porte" - huile sur toile - 61 x 50 cm - 1987

Paris ville accueillante

 

            Il fait gris. Il fait froid. Inlassablement une petite bruine pénétrante s’obstine. A grands pas je longe le mur du cimetière dont la compagnie fidèle me conduit vers la gare.

            J’y suis. L’horaire est respecté. Mais que se passe-t-il donc ? A cette heure indécise de début d’après midi l’endroit devrait être paisible. Que font donc tous ces gens disparates groupés et discutant ? En français ?  Peut-être pour certains mais dans des langues moins familières pour d’autres. C’est que la gare, même si elle ne l’est pas officiellement est de celles qui permettent aux touristes d’aller en pèlerinage au château de Versailles. Et l’on sait à quel point ceux qui sont venus de fort loin sont fascinés par ce haut lieu de l’histoire occidentale. Un haut parleur graillonne un message totalement incompréhensible. Je l’ignore et je me dirige vers le guichet. Derrière sa vitre sécurisée l’employé décline ma demande poliment et m’explique que le trafic est interrompu. En raison d’un arrêt de travail des agents du service roulant. « Pour combien de temps ? ». Réponse évasive : « Jusqu’à nouvel ordre… ». Son air désabusé ne m’encourage pas à insister.

            Me voila donc coincé. Vais-je retourner chez moi au lieu d’aller à Paris ? Le destin va-t-il me reconduire devant mon chevalet pour passer l’après midi  a étaler de la peinture sur une toile qui n’est plus tout à fait blanche mais pas encore digne de l’attention de connaisseurs éclairés ? A moins que… L’autre gare, celle de Versailles Rive Gauche est peut-être plus accueillante. Et pas très éloignée à pied. D’ailleurs la marche réchauffe et je n’ai pas d’horaires impératifs. Après les vastes avenues de Versailles et la noblesse du Grand Siècle voici « Versailles Château », l’officielle, celle où les Japonais et les Espagnols débarquent de leurs beaux pays amis de notre hexagone. Ils viennent rendre hommage au Grand Roi. Celui-ci va les accueillir dans toute sa majesté, du haut de son cheval de bronze dominant la marée des cars internationaux qui se pressent sur l’immense parking de la place d’Armes.

            Mais où est l’entrée de la gare ? Le bâtiment est bien là mais des bâches le cachent. On ne passe pas et c’est sur le côté, subrepticement, qu’on pénètre dans ce terminal ferroviaire rendu peu accueillant par des travaux. A l’intérieur c’est la cohue, la queue devant les distributeurs de billets avant de composter et d’accéder aux quais.

            Un train va partir. Lentement comme à l’accoutumée et avec toute la componction de qui à le temps. C’est la caractéristique de cette ligne qui  en longeant les quais sans se presser mais de façon très sûre va ensuite traverser Paris. Tant qu’il n’y a pas de grève…

            Je débarque au Champ de Mars. La tour Eiffel m’accueille et me rassure. Au moins je suis certain d’être arrivé. Il ne me reste plus qu’à atteindre à pied le « Village Suisse », quartier pittoresque regroupant des antiquaires et des galeries vouées aux choses de l’art. Le quartier est chic mais il y a parfois des travaux sur quelque bâtiment vétuste ou la réalisation d’un projet grandiose qui va jaillir d’une excavation béante cachée derrière des plaques métalliques d’un esthétisme tout contemporain.

            D’ailleurs voici des signes avant-coureurs : des matériaux sur les trottoirs, des barrières métalliques pour faire obstacle et des débris d’objets vétustes  non identifiables. Je me dirige droit sur de grands panneaux métalliques masquant un espace interdit.  A gauche et à droite il y a un passage possible pour un piéton, au centre un type imposant qui a l’air de surveiller. Il ne semble pas faire attention à moi. Il faut choisir. J’opte pour la droite. C’est étroit, long et encombré  et je croise des ouvriers avec des casques qui m’ignorent. Je continue. Ca ressemble de plus en plus à un chantier. D’autres ouvriers avec des tenues diverses se livrent à des manipulations. Où suis-je ? Dans un cul de sac ! Le piège se referme…Je fais demi-tour dans l’indifférence générale à l’exception d’un type basané qui me fait remarquer en souriant que  je n’ai pas le casque réglementaire. Les autres n’ont pas noté ma présence. Je ressors. Le garde est toujours là, toujours inamovible. Rien ne laisse supposer qu’il ait décelé ma présence. Je prends à gauche et la palissade devenant moins haute me laisse apprécier la vue rassurante de la rue avec des gens ordinaires et des véhicules autres que de chantier. Enfin je retrouve le monde et la légalité. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’après tout j’aurais pu être un terroriste malveillant, un espion industriel, enfin quelqu’un qui aurait pu laisser des traces malveillantes de son passage… L’impression est étrange mais je dois maintenant m’orienter.

                                                           à suivre...

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

Détail de "L'ancienne porte"

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Published by L'imaginaire
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