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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 08:17
175 - Il fait encore noir

Il fait encore noir

 

            Il fait encore noir. Pas un bruit, pas un chat. Au loin quelques lumières ponctuent la silhouette allongée du collège, trahissant la présence laborieuse d’une femme de ménage ou d’un employé municipal vacant à de menues réparations avant la journée scolaire.

            De l’obscurité une voiture est arrivée. Lentement. Elle s’est immobilisée sous ma fenêtre le long de la voie privée entourant la résidence. Elle bloque une voiture blanche parquée dans son emplacement numéroté.

            Plus rien ne bouge. C’est une masse sombre anonyme, sans vie. Pourtant à l’intérieur quelque chose remue. Indistinctement. Est-ce l’ombre d’une main sur le volant  ou en train de manipuler un téléphone portable ? A moins que l’occupant ne soit en train de consulter un plan, de déchiffrer un vieux papier froissé extirpé de sa poche ? Cherche-t-il une adresse ? Celle d’un ami ? Ou d’un tiers qui vient de l’appeler à son secours ? A moins qu’il n’aille rendre visite a ses proches… Et si c’était une femme ? Le problème serait peut-être encore plus subtil…

            Peut-être est-il simplement égaré, trompé par l’aspect nocturne d’une résidence qu’il ne reconnaît pas bien. La nuit tous les chats sont gris et les bâtiments nimbés d’obscurité se font passer pour ce qu’ils ne sont pas. Le très familier peut prendre des aspects étranges.

            Pourquoi suis-je en train d’observer ? Mon  petit déjeuner est prêt, les corn flakes attendent dans le bol fumant. Pourtant je suis fasciné. La voiture est noire, immobile, tous feux éteints et à l’intérieur une présence discrète   se devine derrière les vitres sombres.

            Une fillette, sac scolaire au dos se dirige vers le collège. Un homme passe. La vie se remet en marche. L’aube va pointer. Il va faire jour.  Et voila que les feux de position s’allument. Le moteur démarre discrètement. Le véhicule commence à bouger. Il décolle du trottoir et se remet à droite, puis commence à entamer le virage qui va le soustraire à ma vue. Non ! Il s’arrête. Va-t-il s’engager dans une place privée en marche arrière pour faire  demi-tour ?

Arrêt, hésitation, redémarrage. Il disparaît derrière le mur qui soutient le talus et semble ne plus devoir réapparaître.

            C’est fini mais je conserve une impression étrange. Pourquoi m’être laissé fasciner par cet incident que toute personne sensée aurait jugé tellement quotidien et banal à pleurer. Mais voilà… Tout était calme et sombre. Seules quelques lumières rendaient le monde présent. Et il n’en faut pas plus pour que les apparences avouent ce qu’elles sont. Des constructions mentales, des rationalisations auxquelles on voudrait tellement croire. Pour se rassurer, pour pouvoir en rendre compte aux autres. Et puis parfois on oublie d’interpréter le spectacle selon les conventions en vigueur. Plus rien n’est sûr et l’on se retrouve face au mystère absolu du monde qu’on dit réel. Dans un ailleurs plus intense et signifiant. Dans une absence de référence. Sans garde fou et sans explication.

            Alors bien sûr on recommence à cogiter, à supposer et à déduire. Mais la brèche est ouverte et nos petites certitudes mentales n’en mènent pas large, sommées qu’elles sont d’avouer leur artifice, leur fabriqué maison.

            Suis-je bizarre ? De subtiles altérations mentales seraient-elles en train de s’installer dans les méandres de ma matière grise pourtant si performante quand tout est normal. Mais je ne suis qu’humain et il faut bien s’accommoder des menus dysfonctionnements  de la rationalité triomphante dont chacun peut faire usage sans toutefois en abuser car ce ne serait pas raisonnable.

 

                                                              Le Chesnay le22 janvier 2014

                                                              Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

175 - Il fait encore noir

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Published by L'imaginaire
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