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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 08:50
"Saison des jeux" - dessin aquarellé - 12,5 x 18 cm - 1983

"Saison des jeux" - dessin aquarellé - 12,5 x 18 cm - 1983

 

L’esprit du terrain vague

Réflexions zen

 

            Un grand oiseau blanc plane sur le terrain vague. Vague ? Enfin peut-être pas si vague que ça. Disons plutôt que son âme est grise car dans ces banlieues aisées rien ne saurait être laissé à l’abandon et tomber en désuétude. Pas de négligence dans les services de la voirie et les espaces verts le sont pendant la partie de l’année dédiée à cet effet. Donc tout le temps sauf en automne et en hiver où c’est excusable.

            Ainsi ce grand terrain plutôt vague déploie son étendue sous mes fenêtres. Soigneusement bitumé, on peut s’y ébattre et faire des tours de piste sans se souiller les baskets. D’ailleurs les enfants du collège en usent et en abusent. Parfois contraints et forcés quant ils sont sous la surveillance des professeurs d’éducation physique et sportive. Mais aussi souvent spontanément alors que seule leur belle énergie juvénile les y pousse.

            C’est qu’il y a des poteaux de basket et tout au fond une piste de roller  enrichie d’obstacles. Après une descente courte mais brutale les jeunes novices atteignent une moindre pente remontant vers une plateforme où ils se livrent à diverses facéties avant de redescendre pour atteindre le troisième élément du haut duquel ils vont pouvoir repartir en sens inverse…Et cela inlassablement. Il y a toujours un nouveau venu pour remplacer un ancien rassasié d’acrobaties. Depuis fort longtemps les générations se succèdent. Et à chaque fois c’est la même euphorie analogue à celle de l’apprentissage du vélo et de son miraculeux équilibre.

            Mais l’oiseau blanc avec ses airs de mouette s’est posé hiératique et silencieux. Puis il repart. Glissant dans l’air hivernal il se livre à quelques arabesques puis se laisse glisser en vol plané avant de se percher puis de reprendre son envol. Libre comme l’air il improvise avant d’être rejoint par quelques congénères qui vont enrichir son petit numéro. Plus on est d’oiseaux plus la chorégraphie devient riche et subtile. Mais l’instinct a bien des ressources et tout se passe sans heurt pour ces créatures ailées venues d’ailleurs, de Normandie ou de plus loin.

            Beaucoup plus haut des avions passent. Avec un dédain superbe ils rayent le ciel qui en est tout balafré. Et leur sillage persiste, blanc et rectiligne tant que les courants aériens ne viennent pas perturber leur implacable géométrie. On voit alors apparaître d’étranges figures morcelées, recomposées en triangles non isocèles et en fragments de trapèzes hyper hexagonaux faisant la nique à toute tentative de rationalisation post euclidienne. Et tout cela varie sans cesse car l’impermanence des conditions atmosphériques ne laisse que peu d’avenir au souvenir de leur passage.

            Certains jours malgré tout une accalmie bienveillante va laisser le spectacle s’enrichir à l’infini. Alors ce ne sont plus que sillages floconneux entremêlés, superpositions de trajectoires alanguies, fragmentations sans fin de masses indécises comme si mêlant les douceurs de l’impressionnisme au audaces d’un cubisme fou passant tout à la moulinette de ses principes abscons, un peintre néo avant-gardiste se lançait dans des divagations laissant béant le badaud qui ne fait que passer…

            Plus bas le spectacle est étonnant quoique à hauteur d’homme. Tout un tas de petites taches colorées vont viennent et s’agitent ; Mais à y regarder de plus près on y reconnaît la silhouette humaine et surtout juvénile. Garçons et filles, en groupes ou en file indienne, coopérant ou luttant pour battre des records forment des chorégraphies aléatoires dignes d’improvisations au moins contemporaines.

            Ainsi les enfants des écoles vont s’égayer en poursuivant un ballon, qu’à peine saisi ils vont réexpédier vers un autre joueur comme si ils se désintéressaient de ce qu’ils ont tant convoité. A moins qu’ils ne l’expédient avec dextérité en direction du panier. Et parfois c’est gagné !

            Ainsi se déroulent les jeux  et les activités de cette belle jeunesse. Du haut de ma fenêtre au troisième étage au dessus du rez de jardin j’observe les vagues scolaires qui se succèdent à certaines heures réglementaires. Mais aussi au fil de l’année suivant le rythme des vacances. Parfois c’est la foule mais il arrive aussi que par un beau jour d’été resplendissant le stade soit désert, à peine traversé par la silhouette furtive d’un chat. Mais plus tard, bien sûr,  se livreront à nouveau d’âpres compétitions.

Mais le temps passe inlassablement puisqu’il ne sait faire que ça et que de toute façon il faut bien qu’il s’occupe. Car Dieu sait où mène l’oisiveté mère de tous les vices.

 

                                                            Le Chesnay le 28 décembre 2013

                                                            Copyright Christian Lepère

 

 

"Gardien de but" - dessin aquarellé - 12,5 x 18 cm - 1983

"Gardien de but" - dessin aquarellé - 12,5 x 18 cm - 1983

La prochaine fois :

 

Après bien des hésitations

mes pas

m’ont conduit à la FNAC

et j’ai fini par m’y procurer le dernier livre de Matthieu Ricard

 

« Plaidoyer pour l’altruisme »

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Published by L'imaginaire
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