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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 08:23
Le wagon de Dali dans la nef du Grand Palais - 4 décembre 2013

Le wagon de Dali dans la nef du Grand Palais - 4 décembre 2013

Dans le wagon de Dali

 

            Il y avait bien longtemps que je n’avais pas franchi les portes triomphales et pénétré entre les colonnes majestueuses jusque sous l’immense verrière. Le Grand Palais rénové et accueillant pour les manifestations de prestige ne m’attirait plus guère. Et puis voila qu’une occurrence s’est présentée. Une invitation faite par Roger Erasmy, admirateur fanatique de Salvador Dali, ésotériste distingué et savant décrypteur du message paranoïaque critique du génie auto proclamé. Ayant eu il y a quelques années l’excellente idée de créer le groupe « Les Héritiers de Dali » il sillonne depuis l’Europe pour y créer des événements à la gloire du Maître et pour défendre une certaine conception de l’art qui m’est fort sympathique.

            L’idée était bien conforme aux tendances actuelles : créer un événement qui réveille chez tout un chacun des images et des archétypes présents dans tout subconscient dépassant un peu le niveau basique de la télé au quotidien. Pour toute personne un tant soit peu cultivée et au fait de l’histoire du 20° siècle, Salvador Dali reste un précurseur qui, au moins, avait des idées, des intuitions surprenantes et possédait les moyens techniques de s’exprimer. Ce qui n’était pas vraiment le cas de son ami Picasso. Cela explique peut être qu’il soit moins célèbre.

            Mais n’allez pas croire que je le porte aux nues, il avait aussi des côtés m’as-tu vu quelque peu infantiles. Personne n’est parfait. Puisse son talent le faire pardonner !

            Je me suis donc retrouvé à exposer dans le « Wagon de Dali », objet ferroviaire hybride, curiosité devenue symbole, gadget élevé au rang de document historique. La promiscuité de l’endroit due aux dimensions restreintes s’est révélée favorable. Il n’y avait que des œuvres de qualité réalisées par des peintres également intéressants à bien d’autres titres. C’est qu’on ne s’oriente pas dans ce genre de création sans être en état de recherche. Recherche de quoi ? Mais tout simplement de sens, de ce que signifie être vivant et présent au monde. Donc les questions vitales, celles qui faisaient dire à pépé Louis, à tata Olga et aux autres grandes personnes de la famille : « Mais qu’est-ce que tu vas chercher là ? Tu ne peux pas faire comme tout le monde ? Mange ta soupe ! D’autres n’ont pas cette chance ! » Donc  j’étais un gêneur et on me le signifiait.

            Mais voila qu’ici chez Dali j’étais en bonne compagnie. Comme il se doit les salons du Grand Palais sont organisés par les artistes eux-mêmes. Et ce depuis fort longtemps. Il y a donc une tradition pérenne et consacrée. Hélas parmi les coutumes il y a celle de l’inaliénable liberté de l’artiste, celle qui fait que chacun, fier de sa personnalité cherche plus ou moins à s’affirmer. Ce qui est très légitime en art, mais un peu moins en ce qui concerne l’organisation d’une manifestation de grande ampleur. Bref le choc des ego n’est pas une spécialité du monde politique.

            Alors, comme d’habitude il y a eu pas mal d’hésitations, de quiproquos, de rétention d’informations, de propagation de nouvelles contradictoires parce que non vérifiées. N’oublions pas, pour faire bon poids les crispations sur le passé et tout ce qui est maintenant devenu désuet, voire obsolète.

            Enfin l’inauguration a eu lieu. La foule est venue et elle a vu ! Il y a dans ces salons de quoi satisfaire tout le monde. Tous les courants sont représentés, tous ont leur chance. A chacun d’y retrouver ses amis et ses complices. Au moins il y a le choix. Et si la marche à pied ne vous rebute pas vous pouvez en déambulant dans le labyrinthe des panneaux, des socles et des cimaises tomber sur ce qui vous branche. Le coup de cœur ! La révélation de l’inattendu.

            Certes le meilleur et le pire se côtoient, s’opposent et s’interpellent. Mais ne peuvent ils aussi se compléter ? Après tout on a besoin de repoussoirs pour apprécier vraiment. Ou comme disait un très mauvais esprit : « Ca sert à quoi d’être heureux si les autres le sont aussi ? ». Pensée lamentable. Mais qui peut surgir si l’auto censure intérieure est défaillante.

            Mais je ne voudrais pas vous assommer avec ces considérations. Il est trop tard pour aller au Grand Palais. C’est raté pour cette fois- ci. Mais si la fin du monde tarde encore un peu et si le jeu suicidaire de nos dirigeants  ne devient pas trop efficace trop vite, il y aura encore quelques épisodes. Le feuilleton ne s’arrête pas là. C’est comme pour « Les feux de l’amour », de turpitude en turpitude on a encore de quoi faire vibrer la corde sensible. Un point cependant m’est apparu. Echangeant avec quelques exposants et leurs conjoints, j’ai constaté qu’il était très facile de passer des sujets passe-partout pour gens polis et bien élevés à des considérations un peu moins superficielles sur le sens de la vie.

            Le cancer est sans nul doute un fléau. Mais peut-être est- il aussi une possibilité de se remettre en question. Ainsi deux peintres, un homme et une femme encore jeunes m’ont paru plus profonds qu’à l’ordinaire. L’un soignant son cancer du poumon, l’autre assistant son mari depuis plusieurs années. Et il m’a bien semblé qu’ils avaient gagné en densité humaine ce qu’ils perdaient en optimisme de surface. C’est bien triste mais c’est comme ça. Seuls les coups du destin peuvent nous faire sortir de nos petites habitudes et de notre vision étriquée du monde. Car il est évident que quand « tout va bien ! » notre tendance naturelle nous pousse à la somnolence et à l’auto satisfaction. Mais bien entendu ne me croyez pas sur parole avant de l’avoir vérifié par vous-même, sur le tas, dans le déroulement de votre propre vie que je vous souhaite longue et heureuse.

 

                                                             Le Chesnay le 5 décembre 2013

                                                             Copyright Christian Lepère

 

Les œuvres dans le wagon

Les œuvres dans le wagon

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Published by L'imaginaire
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