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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 08:39
"Visite guidée" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2003

"Visite guidée" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2003

 

Vous avez dit génial ?

 

              Van Gogh était génial. C’est un fait avéré et même les jeunes du collège le savent. On leur a dit à la télé et on a tout fait pour les en persuader. J’avoue que pendant longtemps j’ai partagé ce consensus. A l’adolescence éprouvant un grand besoin d’idoles et d’idéal je cédai à l’attrait d’un absolu à ma portée. J’ai cru ou voulu croire à de belles histoires. J’étais idéaliste, mais qui ne l’est pas à cette époque de la vie ? Les crises de croissance et le bouleversement intime de la chimie biologique peuvent vous faire perdre votre bon sens ! La jeunesse est excessive et il lui faut du tout ou rien. Le Bien et le Mal s’opposent en luttes fratricides au lieu de se relativiser. Pour Johnny et sa copine tout est nul ou génial, à moins que ce ne soit le contraire l’instant d’après…

              Donc Vincent avait ses chances, fou, suicidaire et génial, il me fournissait ma ration de rêve. J’étais content. D’autres auront besoin d’idolâtrer Che Guevara, Gandhi ou Madonna suivant leurs tendances angéliques, révolutionnaires ou sulfureuses

              Mais voila que le temps passe. Que les années défilent et petit à petit on se calme. Des grincheux diraient que l’on s’assagit et que l’on perd ce bel enthousiasme de tous les commencements. Et c’est vrai que les habitudes s’installent, que la routine nous encercle sournoisement avant de nous paralyser. On en arriverait à oublier de vivre ! Perdre sa vie pour la gagner ! La formule est concise et accablante. Et c’est vrai que bien des destins s’enlisent. On va, on vient, on consomme, on s’oublie devant la télé et l’on se distrait avec des feuilletons ineptes et des jeux vidéo brutaux et primaires. Quelques uns font du sport pour battre des records. D’autres s’adonnent à des hobbies ou risquent leur vie en slalomant entre les camions sur le périphérique aux heures de pointe.

              Il se trouve que pour ma part j’ai commencé à me poser les grandes questions comme tout un chacun au sortir de l’enfance. Jusque là la disparition de ma grand-mère ou la mort de pépé Laffray, concierge de l’immeuble, avaient été des événements périphériques sans signification transcendantale. Tristes, bien sûr, puisqu’on me le disait mais sans autre portée qu’immédiate.

              Un jour ce fût l’adolescence et tout à coup  les bouleversements organiques de la puberté. L’ouverture au monde, la prise de conscience des autres véritablement autres dont on n’avait vraiment rien à faire jusque là…Voilà que tout à coup des doutes surgissaient. Sur ce qu’on m’avait inculqué au catéchisme ou sur ce que d’autres tenaient pour sûr et certain parce que dans leur famille on avait toujours soutenu le parti communiste, seul défenseur des opprimés et seul espoir pour ceux qui avaient pu échapper à l’emprise de l’opium du peuple et à ses suppôts.

              L’adolescent se pose donc de grandes questions : la vie, la mort et tout ce qui en découle…L’injustice sociale et la peine de mort. La liberté inaliénable et le mariage pour tous. Le droit au bonheur et le droit à l’auto destruction (Au fait, mon frère, tu n’a pas oublié ta ceinture d’explosifs avant de prendre le métro… ?).

              Chez beaucoup c’est très passager et bientôt on réalise qu’il va falloir s’insérer dans le système pour bénéficier d’un minimum de sécurité. La sécu et la retraite ça fait réfléchir, surtout si l’on ne veut pas vivre que d’amour et d’eau fraîche. Aussi si l’on veut assurer un avenir à sa progéniture.

              Donc on rentre dans le rang et les anciens marxistes (Tendance Groucho…) se réveillent bien raisonnables et vont même jusqu’à briguer des postes hiérarchiques. L’argent et les honneurs les ont rattrapés. Ils sont devenus des gens normaux, estimables et rassurants.

              Pourtant il arrive que parfois certains continuent à se poser les questions qui fâchent, faisant preuve d’un simple bon sens que rien ne peut altérer. Ceux la mettent la recherche de la vérité au dessus du confort financier, moral et social. Alors ils continuent à chercher l’issue, le bout du tunnel. Et certains finissent par trouver. On les appelle des sages. On les révère et l’on se prosterne à leurs pieds si l’on est oriental. Ou bien on les envisage avec méfiance, jusqu’à leur jeter des pierres si ils font mine de bouger. Ou bien on les ignore, fermement convaincus qu’il est vain d’accorder son attention à l’idiot du village qui d’ailleurs n’en a que faire.

 

                                                          Le Chesnay le 17 novembre 2013

                                                          Copyright Christian Lepère

 

Détails de "Visite guidée"

 

165 - Vous avez dit génial?
165 - Vous avez dit génial?
165 - Vous avez dit génial?

 

Après ces réflexions…

 

Revenons en aux turpitudes

la prochaine fois c’est

« Apocalypse Hitler »

qui vous

sera

conté

 

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Published by L'imaginaire
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