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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 06:36
"Le voyage intérieur" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2005

"Le voyage intérieur" - huile sur toile - 51 x 45 cm - 2005

L’usure des jours

 

              Voilà que les jours raccourcissent. Chaque soir le couvercle se referme un peu plus tôt. Chaque matin il tarde à s’entrouvrir. Et il le fait avec une telle discrétion, comme en hésitant, qu’on ne saurait lui en faire grief. Il a des pudeurs d’entre chien et loup. Ce qui ne l’empêche pas de finir par sombrer dans les nuits où tous les chats sont gris.

              Certains n’aiment pas. Il en est même qui s’en désolent. Ceux là regrettent les clameurs du grand beau temps estival qui vous exaltent ou vous accablent, c’est selon l’humeur et la complexion. A chacun ses paradis, a chacun ses rythmes circadiens et saisonniers.

              Dommage qu’on fasse semblant d’être d’accord pour faire croire à un consensus. Mais celui-ci est nécessaire. Il est le moteur de notre monde d’hyper consommation ou tout ce qui engendre un besoin et exalte la croissance est de toute façon bon à prendre. Mais nous sommes dans un tel univers de faux semblants et de conformisme…Alors pourquoi contester ? La majorité à raison, surtout si elle est absolue, si elle dépasse les cinquante pour cent fatidiques. Mais que dit le hit-parade ? Donc le beau temps nous rend heureux et les jours les plus longs sont les plus gratifiants. Ceux où le commerce se dévergonde et où, quand le bâtiment va, tout va!

              Je me souviens de mes dix ans. J’émerge de l’enfance où nous vivons d’instant en instant les sensations qui nous assaillent. Sans le moindre recul le plus souvent. Mais voici que maintenant je me surprends à réfléchir, à me poser des questions, à faire des bilans.

              En gros je cesse de tout prendre pour argent comptant. D’acteur spontané qui croit dur comme fer aux péripéties qui lui adviennent voilà que je deviens un observateur un peu méfiant. Un juge qui se permet de faire la moue. Un opposant au nom des grands principes.

              Mon Dieu, ne serai-je pas en train de simplifier pour me rassurer, en train de croire à des images d’Epinal ? Tout ce que je viens de dire n’est que vérité officielle, généralisation abusive. Ainsi le jeune enfant d’avant dix ans que je fus ne se serait pas posé les questions qui fâchent ? Et voilà que des souvenirs me reviennent…Balbutiants et fugaces ils peuvent quand même se préciser. Alors j’avoue : à cinq ans j’avais déjà des reculs curieux, des mises à distance, des doutes sur moi-même et sur les autres. Il m’arrivait de porter des jugements moraux et de désapprouver les grandes personnes autrement qu’avec des cris de frustration et des réflexes de survie immédiate. Autrement qu’en trépignant. Je me souviens même qu’il m’arrivait de prendre de grandes décisions, de me jurer de ne plus avoir de conduite indigne…Ainsi quand le maître nous avait fait honte, à la fin du mois, en traitant ceux qui n’avaient pas réussi de fainéants. Et il avait bien précisé : « Fait néant », celui qui ne fait RIEN parce qu’il n’est qu’un paresseux, un ingrat, un fils indigne et qu’il a eu une mauvaise note qui va peiner ses pauvres parents. Donc je m’étais promis que «  plus jamais ça… »

              Promis, juré, je ne le ferai plus. Facile à dire dans un élan de repentir et de piété filiale. Plus difficile à respecter et à mettre en œuvre. Que les adultes qui promettent d’arrêter de fumer au premier janvier me jettent la première pierre. Mais ce grand élan de probité morale nous éloigne du sujet.

              Donc les jours passent, les saisons se succèdent et les jours s’obstinent à raccourcir. Petit à petit la nuit se fait plus longue, plus sombre et semble devoir nous engloutir. Mais nous vivons dans l’artificiel, dans le spectacle du monde moderne. La lumière continue d’illuminer nos nuits et la télé toujours omniprésente et riche en drames sordides et en hauts faits épiques nous sauve de l’engourdissement hivernal. Nous ne sommes pas des marmottes, que diable ! Et comme chantait Guy Béart, jadis : « Il nous faut des amants et des enterrements ! Tournez, tournez rotatives…pour les âmes sensitives… ».

              Ainsi, si vous faites partie de ceux que l’hiver accable, les choses finiront bien par s’arranger. Et la descente de s’inverser. Alors patience ! Mais pour le moment tout nous invite à rentrer en nous-mêmes, à nous immerger dans les profondeurs où parait-il nous nous attendons nous-mêmes depuis belle lurette. Et ça n’est pas très habile de se priver de soi-même. C’est même d’une maladresse métaphysique impardonnable. Car pour s’évader d’une prison, je veux dire de son ego, il faut au préalable l’avoir inspectée, visitée de fond en comble, avant de décider de l’endroit où l’on va tenter de creuser un tunnel sous le mur, armé de sa fourchette ou de son Opinel, si par chance il a échappé à la fouille des gardiens.

              L’enjeu serait de retrouver l’air pur et la liberté. Mais peut-être que dans le fond on préfère rester au chaud : nourri, pas très bien, logé à la dure mais entouré de la sollicitude des surveillants qui ne sont pas de si mauvais bougres malgré le règlement tatillon qu’on leur impose de nous imposer.

 

 

                                                           Le Chesnay le 16 octobre 2013

                                                           Copyright Christian Lepère

 

 

 

 

"Caverne accueillante" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

"Caverne accueillante" - huile sur toile - 65 x 54 cm - 2008

 

 

La prochaine fois

 

« Le déconographe »

vous tiendra au courant  des dernières nouvelles du monde.

Tout vous sera dévoilé sur les puissants qui règlent notre destin

Vous comprendrez enfin les dessous de l’affaire.

Enfin !

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