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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 06:33
160 - Le retour d'Anatole

 

Le retour d’Anatole

 

                 Souvenez vous. La dernière fois (Il y a trois semaines) je vous ai parlé du trépas et comment Anatole, quittant cette vallée de larmes, avait joué un rôle non négligeable bien qu’involontaire dans la vie d’une âme sensible. Il lui avait fait découvrir à son insu les grandes énigmes de la vie.

                 Mais peut-être êtes vous un grand lecteur, un drogué de la littérature ou plus simplement quelqu’un qui à un certain âge s’est réfugié dans les rêves des autres pour supporter la banalité de son quotidien. Dans ce cas, sans doute avez-vous lu Conan Doyle et son Sherlock Holmes. Ces histoires ingénieuses et bien ficelées, propres à distraire un esprit maussade reposaient sur les recettes bien éprouvées du roman feuilleton. Et surtout sur le rebondissement propre à réveiller l’intérêt. Ainsi le héros laissé pour mort pouvait ressurgir à seule fin de se venger du traître ou de l’assassin. C’est ainsi qu’après avoir mis fin aux aventures dudit Sherlock Holmes, parce qu’il était las d’écrire à son sujet, Conan Doyle l’avait ramené sur le devant de la scène, après un temps convenable, sollicité par ses lecteurs en état de manque. Non ! Le héros n’était pas mort englouti dans un gouffre abominable et tourbillonnant dans les gorges du massif Suisse de la Rosenlaui tout près de Grindelwald.

                 Tendant ses membres tétanisés, bandant ses muscles et sa volonté farouche, accrochant ses doigts crispés à quelques touffes d’herbe, il avait réussi à remonter la pente fatale tandis que son ennemi juré basculait dans le vide. Ce qui n’est que justice !

                 Mais je ne suis pas là pour distraire un vain lecteur avec les rebondissements d’un roman populaire. Mais pour vous éclairer sur les dessous de ce qui fait notre quotidien.

                 Ainsi Anatole après un léger évanouissement dû sans doute à une baisse de tension s’était mis à flotter, mort en apparence. Mais son taux de glycémie enfin rétabli il avait repris du poil de la bête. A tel point que personne dans les environs n’avait fait cas de l’incident.

                 Tel le malheureux victime d’un arrêt cardiaque que l’on remet sur pied avec quelques massages et peut-être une réanimation plus technique nécessitant l’intervention du Samu, Anatole avait récupéré et pouvait s’élancer vers de nouvelles aventures.

                 Parmi ses compagnons d’aquarium, de toutes formes et de toutes couleurs, l’un d’eux attirait l’attention. Grand, un peu maigre, le crâne rasé de près il se tenait hiératique derrière un rocher. Intrigué Anatole lui tournait autour. Sans succès. Car l’autre était indifférent au monde. D’ailleurs on avait enquêté à son sujet et l’on avait appris qu’il se disait membre d’une Association (à but non lucratif) de type loi de 1901…Mais qu’il vérifiait en ce moment quelques informations métaphysiques qu’il avait trouvées dans des livres d’origine asiatique. En bref il se présentait comme un grand méditant.

                 Anatole d’abord surpris et déboussolé avait fini par trouver de l’intérêt à la démarche. Après tout c’est un peu lassant de tourner en rond en agitant la queue pour chercher sa nourriture sans même  avoir à lutter contre ses semblables. Ca manque un peu de stress ! La lutte pour la survie est sans nul doute le sel de l’existence. Au moins on a un but ! Au moins on a une mission à accomplir ! Survivre coûte que coûte ! Sauver sa peau ! C’est plus exaltant que de calculer ses points de retraite.

                 Ici tout était prévu et à portée de main. Et comme dans les époques de décadence on pouvait sombrer dans l’oisiveté qui est la mère de tous les vices. Des plus ordinaires aux plus pernicieux que sont l’attrait pour la dissolution dans un ennui existentiel et son cortège de tentations suicidaires. Mais se jeter à l’eau n’était pas la solution et le gaz n’était pas installé. Quand aux barbituriques il n’y fallait pas songer dans ce milieu clos et mal approvisionné.

                 Dieu merci Anatole avait trouvé une nouvelle motivation à son existence. Sans aller jusqu’aux excès des grands mystiques qui sont quand même des excès quel que soit leur héroïsme, il avait trouvé sa voie du juste milieu.

                 Après quelques assouplissements et une préparation psychologique adéquate il pouvait s’installer en demi lotus sur un tapis de petites algues. Les nageoires détendues, le souffle apaisé il pouvait laisser passer ses pensées les plus saugrenues et même les moins avouables sans y prêter attention outre mesure. Au sein des eaux profondes il pouvait enfin se laisser couler dans son intériorité.

                 Et si quelque gamin effronté venait le taquiner, il considérait que c’était de bonne guerre : Une mise à l’épreuve ne peut qu’aiguiser une âme à la détermination farouche.

                 Sa pratique dura longtemps. Longtemps il reposa aux limites de l’introspection.

                 Et puis un jour…

                 Mais rendons grâce à Conan Doyle qui nous a averti du danger. Si vous souhaitez conserver un lecteur il faut savoir s’arrêter à temps, quand l’attente à son paroxysme va l’empêcher de dormir, de se nourrir et d’assumer son devoir normal de citoyen.

                 Allons, je ne vais pas vous sous-estimer et j’espère que vous ne m’en voudrez pas si d’aventure il n’y a pas cette fois ci de suite…Ni de happy end !

 

                                                       Le Chesnay le 1 octobre 2013              

                                                         Copyright Christian Lepère

                

 

160 - Le retour d'Anatole
"Les doux zinzins" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

"Les doux zinzins" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2005

Les plaisanteries les plus courtes

étant les meilleures

nous pourrons

enfin

passer

à autre chose !

 

 

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Published by L'imaginaire
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