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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 06:24
"Automne" - gravure à l'eau forte imprimée sur Arches, format demi-raisin - 1978

"Automne" - gravure à l'eau forte imprimée sur Arches, format demi-raisin - 1978

 

La semaine dernière

Je vous ai promis une surprise…

Il faudra l’attendre.

Le souvenir s’impose à moi et je vais donc me soumettre.

Voici donc :

 

 

Michèle

 

          Il y a un an que mon épouse m’a quitté. Sans doute lasse de se heurter toujours aux mêmes limites, hantée par un déraisonnable besoin d’absolu, elle n’a rien fait pour se raccrocher. Rien fait pour faire durer. Pour elle son histoire semblait se transformer en impasse.

          Le besoin d’aller voir plus loin la hantait de longue date et la sagesse lui proposait  d’accepter sans résister. C’est ainsi qu’elle a plié bagage sans vraiment protester.

          Au dehors le temps était de saison. Le monde suivait son cours et me laissa régler toutes les formalités inévitables. Les obsèques et la succession.

          Par chance notre fils était présent et des amis proches nous ont honorés de leur présence et de leur soutien. C’est vrai que ne pas être seul facilite l’acceptation de l’inévitable.

          Depuis j’assume une solitude bien entourée et je peux assurer que je vais bien. Mais mon âme est triste.

          Perdre sa complice après quarante deux années de vie commune n’est pas chose aisée surtout si l’on a partagé les mêmes recherches de l’ailleurs et du caché profond.

          Enfin c’est plus facile si l’on a l’intime conviction que la vie n’est pas absurde et qu’elle fait sens derrière ses apparentes incohérences. Surtout si l’épisode qui se termine n’est qu’un moment dans un cheminement de plus longue durée.

          Mais quand même, perdre son âme sœur…

          Je sens bien que mes propos peuvent vous plonger dans des pensées grises et des sentiments de peine. Je n’insisterai donc pas. La vie continue. Elle suit son chemin sans se soucier de nos préférences et c’est sans doute très bien ainsi.

 

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"Les rivages du zen" - gravure à l'eau-forte imprimée sur demi-Jésus - 1990

"Les rivages du zen" - gravure à l'eau-forte imprimée sur demi-Jésus - 1990

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 Après cet hommage rendu au passé  encore présent occupons nous donc maintenant d’une autre personne qui pourrait être notre sœur ou notre fille ou simplement une amie. Ou la voisine de palier. Voici donc son destin, c’est tout cru qu’il vous est livré.

 

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Eglantine ou la vie facile

(Et sans relâche on positive !)

 

              Ce matin là…

              Ce matin là elle s’était levée du pied droit. A moins que ce ne soit du gauche... C’est d’ailleurs sans importance puisqu’elle ne  s’en souvenait plus. Et qu’il n’est pas bon d’être superstitieux. Car c’est bien connu ça porte malheur ! Donc ce n’était pas un vendredi treize et sortant de son immeuble elle n’avait pas été contrainte à passer sous une échelle pour éviter un chat noir.

              Tout allait pour le mieux. Après un délicieux petit déjeuner : thé à la bergamote, tartines finement enduites de beurre bio, allégé en matières grasses mais finement enrichi des fines saveurs du sel de Guérande pour la subtilité du goût. Ensuite confiture de myrtilles sauvages récoltées à la main dans les sous bois de conifères du massif Alpin par des saisonniers venus tout exprès d’Europe centrale.

              Enfin la journée se préparait sous d’heureux auspices. D’abord la douche à jet pulsé hydro énergisante, puis le bain chaud relaxant et moussant parfumé aux extraits d’eucalyptus, suivi d’un raffermissement des tissus à l’aide d’un vibromasseur à variateur électronique pour préserver la douceur de l’épiderme. Enfin tout ce qu’il faut pour restaurer votre tonicité et recharger votre potentiel énergétique.

              A la radio les nouvelles n’étaient pas mauvaises : Un attentat islamiste mais sans prise d’otages, un hold up dans une bijouterie niçoise mais sans destruction de la vitrine qu’on aurait pu fracasser à la voiture bélier… Un Sarkozy discret, un pape bienveillant et un Ben Laden définitivement mort constituaient un contexte humain acceptable.

              Sortant de chez elle, son sixième sous les toits, elle avait pris l’ascenseur sans y trouver de cadavre gisant derrière la porte palière. Et tout en bas, dans l’arrière cour il n’y avait pas le moindre rongeur derrière les poubelles. Pas de chat non plus car elle était allergique au poil de ces félins et se réjouissait de leur absence.

              Passé la porte cochère elle eut la bonne surprise de constater que le trottoir était vide. La grève des éboueurs enfin terminée nul immondice ne venait souiller les abords. Ne restaient que quelques tracts jetés par des passants négligents. Ceux la ne s’étaient pas laissés séduire par l’invitation qui leur était faite d’aller en boîte à Pigalle la nuit prochaine. Mais le résultat était plutôt joli. Les couleurs exaltées, le graphisme contemporain et les photos suggestives  de ravissantes créatures en bas résille et dessous affriolants qu’aucun dessus ne venait masquer apportaient une touche primesautière à la grisaille du trottoir. C’étaient comme de grands confettis venant égayer de leur chatoiement les étendues d’asphalte que seules quelques crottes de chien venaient animer de leur présence olfactive et visuelle.

              Un peu plus tard le métro l’accueillit. Qu’il était doux par ce temps frisquet de s’aller blottir dans les profondeurs utérines et accueillantes de ces souterrains où la chaleur humaine vient renforcer celle du thermomètre en vous frottant à vos semblables.

              De correspondance en correspondance (Que ce mot est doux qui nous fait sentir l’unité et la complicité du monde…) elle arriva enfin à ses fins. Son poste de travail n’attendait plus qu’elle. Elle allait pouvoir se consacrer à sa mission et de son standard téléphonique répondre inlassablement, avec bienveillance, aux questions de tout ceux qui, lui faisant confiance, allaient lui exposer leurs griefs les plus légitimes. Mais elle méritait bien ça, car ce n’est pas sans raisons qu’on se consacre au service après vente d’une grande marque. Evidemment  il faut gagner sa vie ! Mais si on peut le faire en apportant un réconfort à ses semblables soumis aux vicissitudes du monde moderne, alors là on se sent vraiment utile.  On participe au monde. Et comme il n’est pas ingrat il saura bien vous le rendre le moment venu.

 

                                                Le Chesnay le 11 octobre 2013

                                                Copyright Christian Lepère                         

 

"Bain de Cléopâtre" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1970

"Bain de Cléopâtre" - gravure à l'eau-forte imprimée sur Arches demi-Jésus - 1970

 

 

Enfin la prochaine fois

vous aurez droit à la suite

de ce qui a précédé : « le cri du poisson rouge » !

 

Vous bénéficierez donc d’ un effet littéraire bien connu

Que Conan Doyle a utilisé sans vergogne !

 

Donc place aux bonnes vieilles recettes !

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Published by L'imaginaire
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