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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 08:12
"L'amie des gastéropodes" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1996

"L'amie des gastéropodes" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 1996

Les escargots du temps passé

 

        Tout petit j’étais fasciné par ces étranges bêtes. Au cœur de la Bourgogne où je passais les vacances leur prolifération était impressionnante. Car c’est leur domaine d’élection et le royaume des gastronomes.

          Au long des chemins creux envahis d’herbes folles ou sur les amas de vieilles pierres moussues et branlantes qui avaient jadis formé des murs d’enceinte, il n’y avait qu’à se baisser pour faire la récolte. Il suffisait d’une bonne averse un peu longue et pénétrante et voilà qu’aux papillons succédaient ces gastéropodes itinérants sans domicile véritablement fixe. Certes leur coquille  ingénieusement conçue était une excellente protection contre les prédateurs à la dent acérée et les rigueurs du climat.

          Mais comment font donc les limaces ? Elles qui n’ont pas de carapace protectrice, dont la chair est tendre  et la couleur d’un beau rouge orangé idéal pour attirer les gourmands. Ne seraient-elles pas comestibles ? En tout cas elles ne nous font pas saliver, allez savoir pourquoi…Il est vrai qu’en matière d’us et coutumes, nous qui sommes prêts à faire des dépenses somptuaires pour des cuisses de grenouilles voyons nos amis anglais, traditionnellement nous désapprouver avec condescendance.

          Qu’un temps morose survienne, le moment était venu d’aller aux escargots. On enfilait un imperméable, on mettait des bottes et clopin clopant on ratissait les environs. Il n’y avait pas à aller bien loin : sur la route du cimetière assez caillouteuse et pleine de flaques où tout au long de la rivière là où l’herbe est plus verte et sent bon la menthe sauvage.

          Ecartant les ronces, se gardant des orties dont le piquant est encore plus redoutable sous la pluie, on cheminait lentement pour repérer les proies. Délicatement saisies  elles repliaient leurs cornes et se calfeutraient dans leur coquille. Et bien vite on remplissait son sac qui gonflait, se boursouflait et trahissait par des ondulations l’agitation affolée des prisonniers. Dans cette pénible proximité les malheureux sortaient la tête, dépliaient leurs antennes et tentaient par tous les moyens de trouver une issue. Parfois ils réussissaient, car bien que lents dans leurs mouvements, leur opiniâtreté et leur nombre faisaient de nous des gardiens vite dépassés par la révolte de leurs victimes.

          Ensuite, triomphalement, on revenait à la maison où l’on déversait le contenu des sacs dans un saladier ou un faitout recouvert ensuite d’un couvercle. De préférence assez lourd celui-ci n’empêchait pas nos escargots d’arriver à s’immiscer par le plus petit interstice et à réussir des évasions qui nous chagrinaient fort.

          La récolte était mixte. Entre les « petits gris » plus élégants et plus fins de goût et les « gros Bourgogne »  dodus et potelés, plus aptes à satisfaire un solide appétit, on pouvait répondre à la demande de chacun. Qu’importe d’ailleurs puisque c’est bien connu personne ne connaît vraiment la saveur de ces bestioles, la puissante sauce à l’ail qui les nappe s’imposant sans vergogne à nos papilles.

          Pour ne pas quitter ce registre, je me souviens de mon père qui adorait le ragoût de lapin, mais surtout pour les petits lardons qui mijotaient dans la sauce. Dans ce cas c’était clair, l’essentiel n’était pas là où il aurait du être.

          Mais avant de passer à table, il faut un peu de patience. Nos gastéropodes qui ont vécu leur vie en se nourrissant de tout ce qu’ils ont rencontré au cours de leur vagabondage doivent d’abord être mis à la diète. Puis on les fait dégorger avec du sel et je ne sais trop quoi. Enfin on leur fait des misères et c’est un spectacle bien affligeant pour les jeunes enfants. Du moins pour certains. Là encore d’autres souvenirs me reviennent. Notamment celui où descendant à la cave j’avais surpris mon grand père qui venait d’assommer un lapin en lui faisant le coup du même nom et qui, après l’avoir dépouillé avait laissé traîner les boyaux dans une bassine. J’avoue ce jour là n’avoir pas eu beaucoup  d’appétit.

          Mais la jeunesse est inconstante et oublie bien vite. Depuis j’ai repris goût au lapin  et ai cessé de me poser trop de ces questions qui fâchent.

          Ah ! J’oubliais encore, l’escargot consommé n’est plus qu’une coquille. Banale aux yeux de beaucoup mais cependant fascinante pour qui s’intéresse aux productions de dame Nature pour  résoudre les problèmes de croissance du vivant. Comment développer une forme en expansion ? La spirale est une solution universelle. Depuis les galaxies jusqu’aux formes les plus microscopiques du végétal et de l’animal, cette solution a été testée sous toutes ses formes avec toutes ses variantes. Dans le cas du gastéropode cette spirale a une belle ampleur et une rondeur de forme. D’ailleurs, même si le gros Bourgogne manque un peu de fantaisie, d’autres espèces sont plus finement décorées. Le petit gris  qui est d’ailleurs plutôt brun avec des nuances ocrées reste encore bien sobre si on le compare à ses petits frères colimaçons dont les minuscules coquilles se parent de teintes raffinées, du jaune citron au roux  avec de fines lignes noires  et même des nuances de gris froid…Mais ceux la ne sont guère comestibles… Du moins  ils n’attirent pas notre attention alors que l’on fait grand cas des bigorneaux, même si il faut une épingle pour les extraire de leur petite coquille noire, tout cachés qu’ils sont sous leur opercule de même couleur.

          Tout cela paraît à ce jour relever des us et coutumes. Mais nous sommes des êtres de conformisme et l’on sait bien qu’il serait difficile de convaincre un honnête français moyen de manger des insectes, alors qu’il n’a aucun problème avec les crevettes. Ou, encore pire, quelque serpent familier de nos contrées, couleuvre verte ou vipère aspic alors que l’anguille, pourtant visqueuse, est un met fort prisé.

 

                                                    Le Chesnay le12 septembre 2013

                                                        Copyright Christian Lepère

 

 

"Fière monture" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

"Fière monture" - huile sur panneau - 27 x 22 cm - 2003

INFORMATION

 

           Mon ami peintre Michel Dubré expose ses œuvres à Paris à l’Ecole Estienne dont il fût jadis l’élève. Intellectuel de haut de gamme mais très méfiant à  l’égard de l’intellectualisme, il nous livre inlassablement ses fantasmes picturaux. Sa technique est impeccable, son inspiration vaste comme le monde et son imagination délirante. Si ce cocktail vous convient vous pouvez passer par l’Ecole Estienne :

  • 18 boulevard Auguste Blanqui – Paris 13°
  • du 3 au 27 septembre
  • du lundi au vendredi de  9 à 19 heures
  • et c’est gratuit…

 

Michel Dubré - "L'île cathodique de Cécile" - peinture - 50 x 50 cm

Michel Dubré - "L'île cathodique de Cécile" - peinture - 50 x 50 cm

Mais il serait temps de s’occuper de choses sérieuses…

La prochaine fois :

« Liberté bien encadrée »

Vous parlera de notre situation

actuelle…

 

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Published by L'imaginaire
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